Mon bébé pandémie

Par Estelle Berrouard

Mon fils est arrivé le 23 septembre 2020 à 17h57 exactement.

Tout doucement à la fin d’une journée remplie de soleil. Les yeux de papa étaient magnifique ce jour-là. Un vert incroyable.

Nous t’attendions avec impatience. Un bébé plus que désiré. Un petit être qui est né en voyant son papa pour la première fois avec un masque au visage. Un bébé né en pleine pandémie.

Cette pandémie m’a enlevé plusieurs choses durant ma grossesse mais m’en a apporté tant d’autres. Nous nous sommes adapté à la situation pour avoir un semblant de normalité. On s’accrochait à te venue imminente.

Nous avons apprécié les visites interdites lors de notre séjour à l’hôpital car de toute façon, on n’en voulait pas. Nous voulions créer notre cocon d’amour une minute à la fois avant de retomber à l’extérieur dans toute cette folie.

Une fois à la maison, les visiteurs se font distants, te prenne dans leurs bras vêtu d’un masque ou te regarde à distance. Mon coeur se serre de ne pas pouvoir faire profiter aux autres de ta présence.

Papa et moi on est fort même si c’est parfois difficile; l’allaitement, le manque de sommeil, nos nouveaux rôles de parents, le passage au tire-allaitement ou les sorties quasi inexistantes hors de la maison. Nous sommes restés forts malgré tout par la force de notre couple, la force de notre amour. Un simple regard sur notre fils rayonnant de santé remontait le moral des troupes; nous sommes chanceux.

Chanceux d’avoir un bébé en pleine santé.

Chanceux d’avoir trouvé l’énergie, jour après jour, de fournir les soins plus que nécessaires à notre garçon.

Chanceux de s’avoir.

Chanceux de s’aimer.

Mon bébé pandémie, sache que l’année de ta naissance sera marquée au fer rouge du mot « COVID » par les autres mais pour nous, le mot « AMOUR » en sera la définition. Sans le savoir, tu auras apporter du positif dans la vie de plusieurs personnes malgré la situation négative.

Tu resteras le plus beau des bébés à nos yeux et merci d’être débarqué dans nos vies au meilleur moment possible.

Je t’aime mon fils.

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Le temps

Par Elisabeth Chevrier

Le temps. Celui qu’on prend pour acquis.

Celui qui nous appartient …ou pas.

Ce temps qu’on apprend à oublier parce que ça va trop vite et qu’on essaie de dépasser.

J’ai toujours couru après le temps. Je n’en avais jamais assez dans une journée. Je voulais faire 30 choses en 24 heures et puis un peu plus.

Pourquoi pas étirer le temps pour en faire plus.

Quand le temps s’est arrêté il y a quelques mois, on s’est tous demandé ce que nous allions faire. Que ça ne pouvait pas durer, que le monde ne survivrait pas à un rythme ralentit. La planète ne pouvait pas se mettre sur pause éternellement. Il fallait que ça bouge et rapidement. Alors à la première occasion nous nous sommes tous remis à avancer. Presque aussi vite qu’avant. On voulait tous reprendre le temps perdu. Le temps qui nous est si précieux. Les heures manquées, on voulait les rattraper. Mais ça n’a pas duré, et le monde s’est remis sur pause une deuxième fois.

C’est là que j’ai commencé à voir le temps différemment. À espérer qu’il ne recommence jamais à être sur le mode avancé. À rêver qu’il ne reparte jamais. Que les heures continuent de s’écouler sans les occuper. Juste regarder mes jumeaux jouer sans faire autre chose. Sans penser à ce que je dois faire dans 15 minutes et juste rester là…pleinement.

Juste faire le souper sans planifier les lunchs du lendemain en regardant les courriels que je n’ai pas regardés dans la journée. Juste prendre plus de 15 minutes assise pour manger… Le genre de chose que je ne voyais pas avant…avant tout ça. Ces choses qui me semblaient normales, mais qui aujourd’hui sont si loin de moi. Il y en a qui souhaitent que tout redevienne comme avant.

Moi, je nous souhaite de continuer à prendre le temps de vivre une journée à la fois, une heure à la fois et même une minute à la fois parce qu’on ne sait pas si le temps va encore nous filer entre les doigts.

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Me, Myself and I

Par Elisabeth Chevrier

Je sais que ce n’est pas le genre de chose que l’on veut lire pour nous motiver… pour mettre de la joie dans notre journée…
Je sais que ce n’est pas le genre de chose que l’on se dit vraiment entre nous.
Et je n’ai pas envie de le dire non plus. Mais hier, je me disais que ça l’aurait fait moins mal si j’avais lu que quelqu’un vivait la même chose que moi. Je me serais sentie moins coupable. Et je n’aurais pas besoin d’écrire ces lignes.
Cette longue justification est en fait un moyen d’éviter le sujet.
Parce que je ne sais pas trop comment l’aborder.
Je vais alors le faire d’un coup.
Comme lorsqu’on enlève une bande de cire ou un pansement.
On ferme les yeux et puis on tire. Et tout vient avec…
Peut-être que mon sentiment de culpabilité partira avec ce texte?
Qu’après avoir tiré sur le pansement, les bobos seront guéris…

Bon voilà, je me lance.

J’ai envie d’être un peu égoïste… et de ne pas m’en sentir coupable. Juste de penser à moi et d’oublier tout le reste. De me lever et d’avoir juste moi à satisfaire, d’avoir juste mes besoins et mon bonheur à combler. D’oublier le reste de la planète, mon chum, mes enfants, ma famille et tout ce qui vient avec.

J’ai envie de regarder mon nombril et de me dire que c’est la seule chose importante. Juste de préparer un repas sans me préoccuper de tout récupérer les restes pour d’éviter le gaspillage alimentaire et contribuer à une planète plus verte… Juste d’acheter plein de trucs inutiles dans un magasin grande surface sans réfléchir à la souffrance des enfants qui sont derrière ces articles… Juste de sortir faire mon jogging à n’importe quel moment de la journée, parce que j’ai juste moi à penser… tout le temps.

Manger tout ce que je veux, quand je le veux sans me préoccuper de ma santé ou celle des autres. Juste vivre dans ma bulle, l’espace d’un… ou de quelques moments. Ce besoin d’être seule sur une île déserte à me faire griller au soleil en écoutant le chant des oiseaux est probablement totalement légitime. Parce que depuis quelques mois, de nouveaux mini êtres humains dépendent de moi jour et nuit. Que ma petite personne à été mise de côté un tout petit peu. Que ce nombril que je regardais à longueur de journée depuis pratiquement 32 ans devait prendre le bord pour quelques temps. Par contre, je me sens mal d’envier les moments de solitude des autres. De rêver à une journée au spa qui ne se terminerait jamais. D’ignorer tous les problèmes dans le monde et me concentrer sur les miens seulement…comme s’il n’y avait que ça.

Je ne sais pas si c’est correct de se sentir comme ça. Je ne sais pas si je suis une égoïste en crise ou seulement une femme normale qui se sent un peu débordée par tout ça. Je ne sais pas si c’est de là que vient l’expression Me, Myself and I, mais je feel comme ça.

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Toi, moi et un miroir

Par Elisabeth Chevrier

Depuis 15 mois, notre relation a changé. Je dois apprendre à le partager…avec un peu tout le monde. Ce n’est plus juste lui et moi, mais lui et ce que j’appellerais la planète entière! J’étais bien avec lui depuis quelques années. J’avais appris à l’aimer… à le dominer en fait. C’est moi qui étais le boss. Je décidais de quoi il avait l’air, de quoi il était capable; je lui disais ce que j’attendais de lui et je ferais en sorte qu’il devienne ce que je souhaitais. Soumis, j’arrivais toujours à obtenir ce que je voulais.

Cette relation avait ses hauts et ses bas, mais en général, je vivais bien avec. Lui un peu moins, mais on s’était habitués. Notre dynamique n’a pas toujours été comme cela, on a déjà été plus égalitaire.. plus saint peut-être, mais quand j’ai vu que je pouvais avoir le contrôle sur lui j’ai voulu voir jusqu’où nous pouvions aller ensemble. Et nous sommes allés loin. Loin comme jamais je ne me l’étais imaginée ni même souhaitée. J’y ai pris goût et nous avons finalement fait équipe.

Depuis 15 mois c’est pas mal lui qui a le dessus. Parce que tout le monde le réclame. Je ne suis plus la priorité. Je passe en deuxième, et même en troisième.

Je sens que nous ne partageons plus rien ensemble. On est loin.

Je ne peux plus compter sur lui et même si je fais tout pour retrouver ce que nous avions, je n’y arrive pas… il n’est pas disponible.

Alors j’essaie d’apprendre à vivre différemment. De placer nos souvenirs dans une boîte et passer à autre chose. De ranger les médailles que nous avons gagnées ensemble dans mon garde-robe et les photos qui me rappellent notre vie d’avant.

J’essaie de me convaincre que nous allons nous retrouver, que nous allons repartir ou nous nous sommes quittés, mais au fond, je sais que ce n’est pas possible parce que je devrais toujours le partager. Il n’est plus juste à moi…et par moment, j’ai du mal à l’accepter.

En fait, c’est probablement la principale chose qui me manque depuis 15 mois.

C’est probablement la chose que j’ai le plus de difficulté à accepter et à laisser aller…

Nous. Juste nous. Parce qu’on a été longtemps juste nous.

Toi, moi et un miroir.

Peut-être que j’arriverai à t’aimer comme avant.

Peut-être même que j’arriverai à t’aimer mieux.

Mais pour le moment je te cherche et je ne te trouve plus.

À toi, mon corps.

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Un pour tous et tous pour un

Par Elisabeth Chevrier

J’ai toujours envie d’écrire.
Je suis toujours excitée de débuter un nouveau texte.
Mais celui-là, juste de penser aux prochaines lignes que je vais écrire me fait mal.
Je sens mon coeur qui se serre juste à penser à ce qui s’en vient.

Je sais que ça fera mal. Mais je le fais parce que je ne suis pas seule. Je sais qu’il en a d’autres qui vivent quelque chose de similaire. Et que parfois lire une histoire qui ressemble à la nôtre peut apaiser cette douleur. Et aussi, juste de l’écrire, de la déposer sur cette page, ça m’aidera peut-être à la laisser partir un petit peu. De laisser la paix à mon coeur qui étouffe.

Cette année, je ne goûterai pas la bûche choisie par la grand-mère de mon chum.

Cette année, je ne placerai pas la table qui accueillera les invités chez ma mère pour le Réveillon.

Cette année, je ne regarderai pas ma meilleure amie dans les yeux pour lui dire «pour toi je le ferai mille fois».

Ce soir, nous avons choisi de ne pas célébrer le temps des Fêtes avec nos proches. De rester à l’autre bout de la planète pour les protéger. Parce qu’on va mettre nos besoins et nos envies de côté par amour pour eux. Pour éviter le risque. Ce maudit risque qui nous pourrit la vie à tous.

Parce qu’on a des grands-parents, des arrière-grands-parents…parce qu’on a des parents à qui l’on tient et pour lesquels on est prêt à pleurer toutes les larmes de notre corps parce que nous ne pourrons pas leur présenter nos nouveaux bébés.

Parce qu’on s’est dit que de passer de famille en famille, ce n’était pas tellement moralement responsable. Que 5 ou 10 personnes, c’était quand même trop. Que ce cauchemar n’était pas fini et que nous ne voulions surtout pas y contribuer. Qu’en fait, on ne se le pardonnerait jamais…

Que ça ne valait pas la peine de mettre toutes ces personnes importantes pour nous à risque même si nous n’avons jamais eu autant besoin d’eux dans notre vie.

Lorsque je ferme les yeux, j’imagine les lumières dans le salon de mes beaux-parents, la belle robe de ma mère et sa merveilleuse nappe de dentelle… J’imagine ma tante danser sur du karaoké et mon père pleurer de joie. Je sens les petites bouchées qui cuisent dans le four et j’entends les cartes qui se tournent sur la table en après-midi. Mes yeux se remplissent d’eau. Mon coeur se serre, je le sens se briser.

Cette année, l’année la plus importante de ma vie, je ne pourrais pas la partager avec les personnes que j’aime. Mais je le fais par amour et je nous souhaite à tous de pouvoir penser encore un peu à eux, même si c’est difficile présentement… Parce que c’est ensemble que nous pouvons changer les choses. Un pour tous et tous pour un.

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Bon anniversaire

Par Elisabeth Chevrier

Bientôt je vais souffler mes 33 bougies d’anniversaire.

33 ans sur cette planète…33 ans ça ne paraît pas comme ça, mais c’est quand même un bon petit bout de chemin.

Il s’en est passé des choses en 33 ans.

Vite comme ça, par habitude, j’aurai nommé les diplômes que j’ai obtenus, les emplois que j’ai occupés, le nombre d’enfants que j’ai…bref, comme tout le monde, je me serai décrit par rapport à mes réussites et mes acquis. Parce que c’est ce qu’on s’attend d’avoir comme réponse quand on parle de nous.

Parce que c’est comme cela qu’on se compare, qu’on se définit, qu’on est tout simplement. Notre travail, notre statut dans la société nous décrit comme être humain.

Pourtant, depuis que je ne travaille pas, j’ai réalisé à quel point mon titre d’emploi n’est pas réellement ce qui me définit le plus.

Je suis une amoureuse, une maman, une amie. Mais je suis surtout empathique, persévérante, douce et impatiente. Je ne suis pas le nombre de dollars par année que mon salaire me donne, mais plutôt une femme en quête de défi, fière et qui aime partager. Je ne suis pas le titre écrit sur mon diplôme universitaire, mais je suis plutôt travaillante, à l’écoute et je suis une fille d’équipe.

On a toujours eu une tendance à essayer d’obtenir plus. De ressembler à quelqu’un qui à nos yeux…ou plutôt aux yeux de la majorité, a réussi. Nous sommes guidés par des modèles, des influenceurs, des leaders. Ces gens qui semblent avoir du succès et qui sont reconnus nous inspirent, nous indiquent la voie à suivre. Ils sont choisis par la masse et à eux seuls ils peuvent remettre en question des choix de vie ou même le regard que nous avons sur nous-mêmes.

À 33 ans, je sais qui je suis, mais je sais surtout qui je ne suis pas. Je sais surtout que, même si mon diplôme universitaire me donne un titre reconnu, il ne me colle pas. Je sais aussi que mes emplois ne sont pas, à eux seuls, qui je suis. Parce que c’est vraiment difficile de se définir en un mot. Parce que je ne trouve pas de mots ni d’influenceurs qui me représentent totalement. Parce que finalement, comme tout le monde, je suis unique. Et en fait, c’est ce que je trouve le plus beau. À 33 ans, je suis heureuse d’être différente et de ne pas savoir comment me présenter quand je rencontre quelqu’un. Cette année, pour la première fois de ma vie, je vais souffler mes bougies sans penser à ce que je vais réussir dans le futur, sans penser à ce que j’ai accompli dans l’année. Je vais juste souffler des bougies et me dire merci d’essayer d’être authentique chaque jour de ma vie.

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Le présent vs le futur

Par Elisabeth Chevrier

Agrandir ta famille ou pas? On dirait qu’il faut le savoir tout de suite. Tu accouches et on te demande déjà si tu veux un autre bébé. Je ne comprends pas cette envie de toujours penser à plus tard. On se contente rarement de ce qu’on a devant nous. Le moment présent n’a plus sa place…en fait, il n’avait plus sa place jusqu’à tout récemment.

Nous avons tous été mis en confinement en même temps et on nous a demandé de rester chez soi. Nous avons tous été confrontés au présent. Il fallait combler les moments de solitude qu’on nous avait imposés, trouver des occupations, divertir l’ennui… il était impossible de se projeter dans l’avenir pendant plusieurs semaines, mois..et à vrai dire, il est encore difficile de voir ce qui va suivre.

Qu’est-ce que tu vas faire plus tard? Ce genre de questions sont maintenant angoissantes. Elles n’ont plus leur place. Ces questions qui étaient une partie intégrante de nos conversations sont dorénavant évitées. Elles nous font peur. Nous qui vivions constamment pour le futur, nous devons vivre le moment présent pleinement. Impossible de l’éviter; il est là, tout le temps. Ce présent qui nous a échappé depuis toujours. Maintenant, nous avons l’occasion de nous poser et de nous regarder vivre. De regarder la façon dont on vivait avant tout cela. Nous avons tous hâte que la vie redevienne un peu plus normale. Mais qu’est-ce qui va en ressortir? Est-ce que nous allons recommencer où nous avons tout laissé?

Vivre à un rythme accéléré, courir toute la semaine pour se rendre au week-end, manger des plats préparés pour gagner du temps en famille, dire bonjour à son chum seulement à 17h00 en revenant du travail… J’ai toujours pensé que la société actuelle nous en demandait trop. Qu’il fallait toujours performer, être à son meilleur et faire le plus possible en moins de temps. J’ai toujours mis la faute sur notre ère, sur le collectif…mais en fait, pendant cette pandémie, qui a mis sur pause le monde entier, j’ai réalisé que nous étions tous un peu coupables. Parce qu’on y adhère… parce qu’on y contribue et qu’on l’encourage. Parce qu’on demande à nos collègues d’être plus si et moins ça, ou qu’on dit à notre chum d’en faire plus et trop en même temps. Parce qu’on veut être bon dans tout et faire tout au même moment; on veut faire du yoga pour prendre soin de nous et aller au gym pour être en forme; on veut voyager et se construire une maison pour se sentir chez soi quelque part; on veut dépasser nos objectifs au travail et passer nos soirées à encourager nos enfants dans leurs activités parascolaires…mais on prend le temps de faire quoi réellement? Nous n’apprécions vraiment aucun de ces moments parce que nous pensons déjà au prochain. La majorité d’entre nous vivons pour l’avenir, pour ce qui suivra. Cette pandémie aura au moins permis de rencontrer ce présent qu’on avait oublié. Ce présent qui nous faisait de l’œil, mais qui sombrait dans l’ombre du futur. Enfin, il peut reprendre sa place et réclamer son importance dans nos vies.

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Vous et moi

Crédit : Elisabeth Chevrier

Par Elisabeth Chevrier

Quand vous dormez, vous me manquez.

Quand je pars à un rendez-vous, je pense à vous.

Ou bien quand je me réveille, j’ai hâte que vous vous réveilliez vous aussi…

Je m’étais jurée de ne pas devenir une mère intense. Enceinte, je m’étais répétée que j’allais rester la femme que j’étais avec ses rêves, ses occupations et que mon couple n’allait pas changer du tout. En fait, je m’étais imaginée que votre arrivée n’allait pas changer tant de choses que ça. Je ne voulais pas être celle qui parle toujours de bébé. Qui allait aux cardiopoussettes ou qui allait à des réunions de maman au parc. Pas que je jugeais celles qui le faisaient, mais plutôt parce que je ne voulais pas que mon monde tourne autour de mes bébés.

Je voyais certaines mamans devenir complètement gaga et «se perdent» dans la maternité. Enceinte j’ai alors pris une entente avec moi-même; rester celle que je suis et surtout ne pas publier vingt photos par jour de mes jumeaux.

Après six mois avec vous, je peux dire que je suis une maman intense. Mais pas une maman intense comme je le caricaturais avant d’accoucher. J’ai réalisé que devenir maman, ce n’était pas la perte de soi, mais plutôt un plus à ce qu’on était déjà.

Devenir maman me permet d’être plus patiente, plus douce, plus généreuse. Être mère m’apprend à être plus curieuse, émerveillée et plus humaine.

Une maman intense ça n’existe pas. Une maman c’est une femme qui aime inconditionnellement et qui donne sans demander en retour. Une femme qui s’oublie par moment pour être là pleinement pour un amour qui la dépasse totalement. Pour un sentiment qu’elle n’a jamais ressenti, mais qui la fait vibrer. Qui reste elle-même, mais différemment…qui devient une femme comblée par seulement un sourire, un rire enjoué exprimé par son bébé. Une femme qui était, mais qui est encore avec juste un petit plus.

Quand je pars de la maison pour écrire un article dans un café, je pense à vous. Je me demande si vous allez bien, j’imagine vos beaux visages et je regarde vos photos que j’ai prises par millier cette semaine. Je ne me sens pas coupable, mon coeur ne se coince pas, je pense seulement à vous avec amour. Alors je publie la plus belle photo de vous parce que je suis fière. Parce que je veux partager cet amour avec d’autres parce que des fois c’est trop fort pour une seule personne.

Je retourne ensuite chez moi, après avoir écris un article sur vous et je me sens bien. Je me sens maman, femme et j’ai juste hâte de vous bercer ou de vous raconter ma journée.

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Être différente «par choix»

Par Elisabeth Chevrier

Il y en a qui veulent se démarquer; pour qui c’est important de ressortir du lot.
Il y en a qui font tout pour se faire remarquer; pour ne pas fondre dans la masse.
Il y en a qui font tout simplement le choix d’être différent.

Et il y a ceux qui sont différents juste parce qu’ils ne suivent pas la vague. Et ça, ça dérange.

Je suis différente parce que je fais des choix et parce que j’ai un mode de vie qui ne suit pas la norme. Je suis de celle qui a décidé de suivre son coeur plutôt que ce qu’on lui disait de faire. En fait, on dira que je choisis d’être différente, mais moi, je ne le vois pas comme ça.

Je vis seulement en accord avec mes valeurs et mes croyances et ça tombe que certaines d’entres elles ne font pas l’unanimité. Par ces choix, je réalise que je peux déranger. Que certaines personnes n’aiment pas être confrontées à des humains qui n’agissent pas comme eux…qui vivent autrement.

C’est vrai, il n’y a rien de plus confortable que de se reconnaître dans la majorité des personnes que l’on côtoie. C’est rassurant de voir qu’on «fit», que tout le monde va dans le même sens que nous.

Mais quand on rencontre quelqu’un qui va à contre sens, ça peut déstabiliser. Et évidemment, on s’y oppose. La vie a fait que je suis végane. Mais je ne veux pas t’achaler avec ça. Je ne juge pas ceux qui choisissent un mode de vie différent du mien. Pourtant, être seulement végane, dire que je suis végane, il y en a qui se sentent jugés. Simplement le fait d’incarner cette différence, on peut interpréter que je conclus que ton choix à toi n’est pas correct. Que je m’oppose à ton mode de vie. Et ça, ça cause des rejets, des conflits, des débats.. des conversations que je ne souhaite pas nécessairement avoir. Parce que choisir un mode de vie différent, ne veut pas dire qu’on veut en parler tout le temps et que l’on connaît toutes les données qui ont été étudiées sur les valeurs qui si rattache.

Mais on dirait que lorsqu’on est différent «par choix» il faut toujours s’expliquer. Parce que normalement, on devrait être comme tout le monde et ne pas trop se poser de question. Ma seule présence peut amener des questions…des remises en question, mais moi, ben je n’ai rien demandé et je te demande pas nécessairement de te remettre en question.

Parce que des fois on en demande beaucoup à ceux qui sont différents. Pourtant, nous sommes tous différents l’un de l’autre et aucun d’entre nous ne devrait avoir de compte à rendre à l’un ou l’autre par rapport aux choix qu’il a décidé d’appliquer dans sa vie.

Ce n’est pas parce qu’on choisit d’être différent qu’on ne veut pas, nous aussi, faire partie de la gang. 🙂

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Écrire

Écrire. Depuis que je suis toute petite, j’écris. Dans des journaux intimes, sur des bouts de papiers, des petits carnets. J’inventais des magazines, des fictions, des histoires. Puis au début de mon adolescence est arrivé Skyblog. Je suis certaine que vous vous en souvenez si vous êtes de ma générationJ’ai tenu un blogue sur la mode pendant plusieurs années qui est finalement devenu super populaire en France. Puis un autre plus petit mais plus personnel. Chaque jour, j’écrivais. Beaucoup. Je crois que c’est de cette façon que je me suis toujours le mieux exprimée. C’est un peu encore comme ça, je pense. Écrire me permet extérioriser mes peurs, mes inquiétudes, mes angoisses. Ou de ne pas oublier certains détails qui deviennent flous avec les années. Nos peurs, elles semblent toujours moins impressionnantes sur papier (ou à l’écran). Pis de cette façon, je peux faire de la place dans ma tête ou du moins, de l’ordre, un peu. Voir les choses sous un angle différent, souvent beaucoup moins impressionnant et insurmontable.

Et pourtant, ça fait longtemps que je n’ai pas écris nulle part. Depuis plusieurs mois, je ne trouve pas les mots. Je les roule sans cesse dans ma tête mais ça ne fait pas de sens. Rien de cohérent au bout de la ligne. Je ne sais pas dans quel ordre m’y prendre, par quoi commencer. C’est plus facile de lire dans ce temps-là, de m’évader au travers une fiction ou une vision qui n’est pas la mienne. Mon seul moyen de mettre de côté le temps d’un court instant tout ce qui s’entrecroise dans ma tête à moi.

J’ai une boule au creux de l’estomac que je n’arrive pas à défaire, je ne sais pas quelles sont mes craintes, qu’est-ce qui est causé par quoi en fait. Je voudrais aussi écrire le récit de ma dernière grossesse et de mon accouchement dans le livre de ma fille. J’ai l’impression d’avoir déjà oublié tellement de détails. Maintenant que j’en connais le dénouement heureux, je n’arrive plus à me rappeler avec précision toute la douleur émotionnelle que j’ai pu ressentir. Mais c’est surement voulu. Le corps n’aime pas se souvenir de la souffrance et du laid. C’est comme chaque fois qu’on a la grippe; on se dit que plus jamais on chialera lorsqu’on sera en santé. Puis, on oublie. On oublie la chance qu’on a de tout simplement passer une journée sans avoir mal. De pouvoir nous tenir debout, de fonctionner « normalement ».

Je sais que tout ça, mon blocage, l’accumulation d’une année riche en émotions, ça va passer. L’envie d’écrire à propos de tout va me revenir naturellement. Je l’espère. En attendant, je vis dans le présent et j’essaie que ma tête en fasse de même. De ne pas la laisser s’évader dans la crainte et l’appréhension trop souvent. Je prend le beau partout où il est. Du mieux que je le peux. Pis la plupart du temps, ça fonctionne.

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