Écrire

Écrire. Depuis que je suis toute petite, j’écris. Dans des journaux intimes, sur des bouts de papiers, des petits carnets. J’inventais des magazines, des fictions, des histoires. Puis au début de mon adolescence est arrivé Skyblog. Je suis certaine que vous vous en souvenez si vous êtes de ma générationJ’ai tenu un blogue sur la mode pendant plusieurs années qui est finalement devenu super populaire en France. Puis un autre plus petit mais plus personnel. Chaque jour, j’écrivais. Beaucoup. Je crois que c’est de cette façon que je me suis toujours le mieux exprimée. C’est un peu encore comme ça, je pense. Écrire me permet extérioriser mes peurs, mes inquiétudes, mes angoisses. Ou de ne pas oublier certains détails qui deviennent flous avec les années. Nos peurs, elles semblent toujours moins impressionnantes sur papier (ou à l’écran). Pis de cette façon, je peux faire de la place dans ma tête ou du moins, de l’ordre, un peu. Voir les choses sous un angle différent, souvent beaucoup moins impressionnant et insurmontable.

Et pourtant, ça fait longtemps que je n’ai pas écris nulle part. Depuis plusieurs mois, je ne trouve pas les mots. Je les roule sans cesse dans ma tête mais ça ne fait pas de sens. Rien de cohérent au bout de la ligne. Je ne sais pas dans quel ordre m’y prendre, par quoi commencer. C’est plus facile de lire dans ce temps-là, de m’évader au travers une fiction ou une vision qui n’est pas la mienne. Mon seul moyen de mettre de côté le temps d’un court instant tout ce qui s’entrecroise dans ma tête à moi.

J’ai une boule au creux de l’estomac que je n’arrive pas à défaire, je ne sais pas quelles sont mes craintes, qu’est-ce qui est causé par quoi en fait. Je voudrais aussi écrire le récit de ma dernière grossesse et de mon accouchement dans le livre de ma fille. J’ai l’impression d’avoir déjà oublié tellement de détails. Maintenant que j’en connais le dénouement heureux, je n’arrive plus à me rappeler avec précision toute la douleur émotionnelle que j’ai pu ressentir. Mais c’est surement voulu. Le corps n’aime pas se souvenir de la souffrance et du laid. C’est comme chaque fois qu’on a la grippe; on se dit que plus jamais on chialera lorsqu’on sera en santé. Puis, on oublie. On oublie la chance qu’on a de tout simplement passer une journée sans avoir mal. De pouvoir nous tenir debout, de fonctionner « normalement ».

Je sais que tout ça, mon blocage, l’accumulation d’une année riche en émotions, ça va passer. L’envie d’écrire à propos de tout va me revenir naturellement. Je l’espère. En attendant, je vis dans le présent et j’essaie que ma tête en fasse de même. De ne pas la laisser s’évader dans la crainte et l’appréhension trop souvent. Je prend le beau partout où il est. Du mieux que je le peux. Pis la plupart du temps, ça fonctionne.

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Une grand-maman

Par Elisabeth Chevrier

Je viens d’une petite famille. À Noël comme au jour de l’An, on est six parfois huit. Je n’ai jamais connu les grandes fêtes de famille, les partys qui ne finissent plus et les mariages à 150 personnes. Enfant, j’enviais mes amis qui partaient en camping avec leurs cousins et leurs cousines ou ceux qui s’envolaient vers un pays du Sud avec leurs grands-parents.

Moi, je ne connaissais pas ça et j’avais l’impression qu’ils avaient quelque chose que je n’avais pas. Je n’ai jamais rencontré mes grands-parents. Je suis née avec une seule grand-maman, mais celle-ci habitait loin de moi alors je ne la voyais que rarement. Je voyais mes amis partir les dimanches chez mamie et papi pendant que moi je rêvais d’une paparmane et d’histoires qui ne finissaient plus. Quand j’ai rencontré mon chum, j’ai connu un peu ça; la relation entre différentes générations. Le soin, le souci et les merveilleux conseils que des grands-parents peuvent apporter. J’ai alors souhaité ça pour mes cocos. Je voulais qu’ils aient ce que j’avais tellement espéré et probablement idéalisé. Je voulais que mes bébés aient la chance de connaître leurs grands-parents et qu’ils entretiennent une relation spéciale avec eux. Ayant accouché à l’autre bout de la planète en pleine pandémie mondiale, mes chéris n’ont pas pu s’endormir dans les bras de leur mamie et être bercés par leur papi. Ma maman n’a pas vu leur premier sourire et la mère de mon chum n’a pas pu leur chanter leur première berceuse. J’avais beau les appeler tous les jours, j’avais peur que cette distance affecte leur relation. Je voulais tellement qu’ils fassent partie de leur vie.

Finalement, la vague s’est estompée et ma maman a pris l’avion pour venir rencontrer ses premiers petits enfants 5 mois après leur naissance. Depuis, mes jumeaux n’ont de yeux que pour elle. Ils la regardent, lui sourient et communiquent avec elle. Elle les embrasse, les cajole et je vois dans ses yeux qu’elle les aime d’un amour inconditionnel. Elle les aime comme une grand-maman, comme la grand-maman que je rêvais d’avoir lorsque j’étais petite. Cette grand-maman qui est fière, qui voit l’avenir sous un autre œil grâce à ces petits. Qui arrive à oublier ce qui ne va pas parce qu’à eux seuls, ils représentent l’espoir.

Crédit : Élisabeth Chevrier

Je vois aussi l’amour de ma mère lorsqu’elle me regarde. Cette fierté que j’ai toujours recherchée. Je sais que je lui ai offert un beau cadeau; celui d’être une mamie. Mais en fait, c’est elle qui nous a fait le plus beau cadeau du monde; vouloir faire partie de notre nouvelle histoire à mon chum et à moi. Vouloir être présente, importante et significative dans la vie de mes bébés. Même si nous ne sommes pas 10, 20 ou même 30 personnes lors des fêtes de famille, je prends enfin conscience que l’important c’est la force des relations qui prend tout son sens et non le nombre de personnes qui sont présentes. Que ce soit une grand-maman, une tante ou un papi, ce qui compte c’est le lien. Le lien que cette personne souhaite entretenir avec nous. J’ai rêvé d’une grand-maman, mais je l’avais déjà cette personne spéciale, elle était toujours là, devant moi. En fait, c’était ma maman à moi.

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J’ai peur que tu meurs

Par Katrine Delorme

J’ai peur que tu meurs. Souvent. Qu’une auto percute ton petit corps, que la nuit t’emporte, que la fièvre t’étouffe, que ta féminité te soit volée. J’ai peur que la vie te fasse mal.

Depuis que je suis maman, j’ai peur. Le devenir aura été la plus grande épreuve de ma vie. L’être, comme je le souhaite, comme j’ai envie de l’être, sera toujours un défi. Parce que j’ai peur, peur d’affaires qui ne m’avaient jamais traverser l’esprit auparavant.

Et tout ça, je ne veux pas que tu le saches. Surtout pas. Je veux t’éduquer, te proposer des avenues, des façons de voir les choses, mais je veux, avant tout, que tu te forges tes propres idées. Et je ne voudrais pas qu’elles soient influencées par mes craintes. Ça ne donnerait rien de bon. Rien de beau. Car belle tu le seras. Nous le sommes toutes. Maman, « arrête » tu me diras. Je comprends, c’est gênant quand les mamans ont raison. Mais saches, ma fille, qu’il n’y a rien de plus vrai. Tu es belle. Tu le seras toujours pour moi.

Je ne voudrais pas que la vie sape cette beauté, la bafoue, la dilue dans quelque chose de laid.

Parce que ça fait un peu plus de neuf mois qu’on vit dans 2020, qui s’y brasse des grosses affaires, que la planète s’est révoltée et qu’on y trouve peu de douceur. Elle nous a envoyé un message clair, nous a forcé à changer nos habitudes. Elle espère qu’on maintiendra ces changements pour l’avenir. Et malheureusement, ma chérie, on ne sait pas si ça perdurera, mais au moins on sait que ça se peut. Y’a l’humain aussi, qui s’est rebellé. Contre l’injustice, l’injustice colorée et sexuelle qui nous rentre dedans de plein fouet. Qui, lui aussi, nous dit qu’il serait temps que ça change. On a absorbé beaucoup de malheur en neuf mois et je t’avoue que je ne trouve pas ça facile émotionnellement parlant, et ce, même si on veut que ça continu parce qu’on en a plus que besoin de ces changements-là, pour que le monde dans lequel tu évolue soit meilleur. Une partie de moi a encore plus peur. Peur que ton monde soit laid, parsemé de bombes qui explosent, de feux de forêt qui n’en finissent plus, de noyades dans nos eaux québécoises et j’en passe.

Mais on ne peut pas passer notre vie à avoir peur. Il faut la célébrer, la goûter, la chanter à voix basse et la crier à voix haute. Il faut tout ça en même temps.

J’espère, ma chérie, que ton monde sera beau.

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Mon corps, c’est un héros

Par Elisabeth Chevrier

J’en parlerai qu’une seule fois. Je n’accorderai pas plus d’importance à ce sujet que maintenant. Parce qu’en fait, je ne comprends pas trop pourquoi on revient toujours à ça…

Non, je n’ai pas repris mon poids pré grossesse. Et puis après? En quoi c’est important?

Pourtant, c’est probablement la question qui m’a été le plus demandée après la naissance de mes bébés. Leurs poids et le mien…

Je ne sais jamais quoi répondre. Je me suis demandé plusieurs fois, en quoi ça pouvait intéresser les gens. Le poids est souvent un sujet sensible. La majorité des femmes souhaitent perdent où prendre du poids. Rarement sont celles qui avouent être en paix avec leurs corps. Et si tu l’es, tu es jugé de l’être…parce que ce n’est pas très bien vu de s’aimer on dirait. Pourtant, ton corps c’est ce qui te permet d’accomplir tout ce que tu souhaites dans la vie. C’est celui qui te transporte, celui qui te donne la possibilité de découvrir ce qui t’entoure; toucher, goûter, sentir. C’est aussi grâce à lui si tu peux monter une montagne, enlacer ton chum ou porter ton bébé. Ton corps c’est ton meilleur ami, mais on le voit rarement ainsi. On le traite mal. On lui répète qu’il n’est pas assez comme ça ou trop comme ceci. On le cache, on peut même le punir par moment.

Ce corps traverse les années, il s’adapte aux changements hormonaux, aux blessures, à la vieillesse. Ce corps que l’on maltraite fait tout pour nous et nous on se contente de toujours le comparer. On le compare à d’autres corps qui sont totalement différents. On lui demande de ressembler à d’autres corps sans jamais apprécier ce qu’il nous donne lui; sans jamais reconnaître qu’il est parfait dans ses imperfections à lui. Plus petit, plus gros, trop rond…on regarde seulement ce qui ne nous convient pas, mais on oublie ce qu’il est. On oublie ce qu’il nous permet d’être; une amoureuse, une maman, une meilleure amie…qu’il fait probablement de son mieux pour nous aider à être ce que l’on souhaite. Il est vivant, il est en mouvement, il se transforme au fil du temps.

Mon corps a changé. Il a porté deux bébés. Il a été endommagé et maintenant, il se rétablit. Il en ressort plus fort et plus résilient. Il est différent, mais pas moins beau, pas mieux non plus, juste différent. Je ne peux pas lui demander d’être celui d’avant puisqu’il n’est plus à la même place. Il est unique tout comme le tien. Qu’il ait cinq ou six livres en plus, ce n’est pas ce qui le définit. Mon corps, c’est un héros.

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Ma maison

Par Elisabeth Chevrier

Il en a pour qui avoir une maison c’est important. Se créer son petit coin à soi, que l’on met à son goût, que l’on décore, parfume et peinture. Une maison, qu’elle soit grande ou petite, devient un repère; un endroit où l’on peut se réfugier et se sentir confortable. On achète des coussins, on accroche des photos sur les murs et on dispose des chandelles un peu dans chaque pièce. Pour moi, ce concept n’a jamais existé. Je ne me suis jamais sentie chez moi nulle part, mais, pourtant, je me sens bien partout. Je n’ai jamais eu besoin de m’imprégner d’un endroit ni de le rendre à mon image.

Il y a plus de 2 ans, je devenais une expatriée. Je vis alors à l’extérieur du Canada et je parcours le monde depuis. J’ai appris à être bien n’importe où sans jamais vraiment m’accrocher à aucun lieu. Je lisais qu’il est important de se créer un endroit pour soi-même; un cocon qui nous ressemble… J’ai été troublée puisque pour moi, même si je décore une maison, un appartement ou autre, je ne me sens quand même jamais chez moi. Pourtant j’ai essayé… mais j’ai vite compris que je n’en avais plus besoin. Mon chez-moi, c’était maintenant à l’intérieur de moi.

Ma tête est mon refuge. Je me sens confortable avec moi-même. Je n’ai pas ce lieu pour me rappeler plein de souvenirs ou pour m’envelopper quand ça ne va pas. Cet endroit, c’est en moi.

J’ai rapidement appris à me détacher des objets et à leurs accorder moins d’importance.

Je n’ai pas besoin de matériel pour me rappeler, pour me réconforter ou pour me définir.

Toujours être en mouvement m’a amené a être plus libre. Quand je voyage, je n’ai plus besoin de liste pour faire ma valise. Je n’ai plus peur d’oublier «quelque chose». J’ai tout…j’ai moi.

Je n’ai besoin de rien sauf de moi… Moi pleinement présente, là, dans le moment…

Me détacher des choses m’a amené à être plus zen, a me sentir plus légère. Je n’ai plus avec moi ce bagage d’objets, de souvenirs et de besoins souvent inutiles. Je me suis délivrée de cette pression d’obtenir toutes ces choses, ces objets qui nous semblent si importants et auxquels nous sommes attachés. Ils pourraient tous disparaître et je ne regretterais aucun d’entre eux. Je porte en moi la mémoire des moments et des personnes que j’aime. Je porte en moi cette doudou qui m’apaise, ce tableau qui me fait voyager, ce morceau de vêtement dans lequel je me sens confiante. En fait, je suis ma maison, aussi vide qu’elle puisse paraître.

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Loin des yeux…

Par Elisabeth Chevrier

Être loin de ceux qu’on aime…

C’est difficile, c’est impossible.

Ce matin, j’ai appris que mon amie avait perdu sa maman. Sa maman qui combattait un cancer depuis déjà un bon moment est partie. Je ne connais pas sa maman, mais mon amie elle, je ne la connais et je sais que ce sera difficile pour elle. Que cette période ne sera pas facile à passer…qu’elle aura besoin d’amour.

Mon cœur se serre juste en pensant que je ne pourrais pas être à ses côtés pour vivre ces montagnes russes. Je ne pourrais pas lui prendre la main, la bercer, lui offrir mon épaule pour qu’elle y repose sa tête. Je ne serai pas là pour entendre ses cris, ses pleurs et ses souvenirs. Je suis loin. C’est un fait. Et même si on dit que la distance n’est pas un frein aux relations, c’est faux.

Lorsque tu t’éloignes des gens que tu aimes, à la longue, leur vie t’échappe peu à peu. C’est normal, tu ne fais plus partie du quotidien, tu n’es plus présente dans le moment présent.

On va s’appeler inquiète toi pas…

Oui, mais.. la vie continue et toi, tu n’es pas là.

On ne se touche plus, on ne se voit plus, on ne partage plus de moment…mais on se voit sur Facetime. Aussi merveilleuse qu’est la technologie, elle ne remplace pas une relation, un moment spécial, un vrai échange entre deux personnes. Elle ne remplace pas une soirée arrosée à jaser des problèmes qu’on vit au travail ou des dates «Tinder» qui ne se concluent pas. Elle ne remplace pas une journée aux pommes avec vos enfants ou une journée spa entre filles. La technologie permet de rester en contact, c’est ça.

Je ne peux pas être pleinement là avec toi pour traverser cet ouragan. Je pense à toi, mais je ne peux pas être là comme j’aimerais l’être. J’ai fait le choix de quitter ceux que j’aime pour vivre autre chose. Lorsqu’on fait ce genre de choix, il y a nécessairement des sacrifices. Et aujourd’hui je vis l’une des conséquences de ce choix. Mais s’il y a une chose que je retiens, c’est que ces personnes sont importantes dans ma vie. Et je crois que si je n’avais pas quitté mon pays, je n’aurai pas eu conscience de la place particulière qu’ils ont.

Dans le quotidien, on en vient à prendre pour acquis notre entourage. On oublie parfois combien ils sont significatifs. Que ce soit une collègue, un voisin ou une tante, on ne sait pas à quel point ils font une différence dans notre quotidien. Même ces gens de passage, une connaissance comme on les appelle, ont parfois plus d’importance que l’on croit.

Chérissons nos relations, prenons le temps d’être là quand on le peut, le reste, ça peut attendre.

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Voyager à tout prix

Par Elisabeth Chevrier

Ton rêve c’est quoi?

Moi c’est de voyager, de ne jamais cesser de découvrir le monde.

Mais pour toi, c’est peut-être différent.

On est dans l’ère de l’exploration à tout prix où voyager est tendance. Partout on nous incite à partir à la découverte d’un autre pays pour s’émanciper. Le voyage est devenu la clé de la liberté, la découverte de soi et en quelque sorte de la réussite. Parce que si tu as voyagé; tu as nécessairement réussi dans la vie…Les jeunes sont encouragés à prendre un an pour explorer le monde avant de faire leur choix de carrière. Les plus vieux sont poussés à profiter de cette période avant d’avoir des enfants et les encore plus vieux sont incité à voyager avant qu’ils ne soient plus aptes à le faire.

Bref, voyager tout le monde devrait aimer ça…tout le monde devrait avoir ça comme plan.

J’ai des personnes autour de moi qui n’aime pas particulièrement prendre l’avion. D’autres qui aiment bien prendre des vacances dans un chalet pas trop loin de chez eux. J’ai des amis aussi qui préfèrent construire un patio dans leur cours que d’aller au Costa Rica…Mais ces gens-là, ils ne le disent pas…ou presque pas.

On regarde les réseaux sociaux où les publicités à la télévision et le voyage est mis de l’avant. Si tu ne voyages pas, ce n’est pas normal…Ou bien tu ne sais pas ce que tu manques. Je parle un peu à travers mon chapeau puisque, pour moi, voyager c’est un mode de vie, mais j’arrive a comprendre ces gens pour qui ce ne l’est pas et qui ressentent cette pression.

Parce qu’en réalité, on a tous des rêves. Et ils sont tous différents. Probablement que tu vas rencontrer quelqu’un qui a un ou même des rêves similaires aux tiens, mais comme on est tous uniques, nos souhaits le sont aussi. Nous visualisons tous notre avenir différemment et il n’y a pas une page «Instagram» qui décrit parfaitement comment tu veux vivre ta vie ou ce que tu souhaites accomplir. Tu as le droit de vouloir passer ta longue fin de semaine à lire un livre dans ton divan autant que j’ai le droit de prendre un vol pour Paris. Tu as le droit de rêver de te construire une maison à ton image autant que j’ai le droit de vouloir faire le tour de l’Europe. Et aucun n’est plus valable que l’autre. Aucun de ces projets, de ces rêves et de ces objectifs de vie ne sont mieux ou moins bons. Alors si tu ne veux pas faire de ta vie une carte du monde, c’est correct, tu peux le dire.

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Accoucher en solo

Par Élisabeth Chevrier

Ce n’était pas prévu comme ça, évidemment. J’avais visualisé mon accouchement au côté de mon chum. Je me voyais lui tenir la main; chercher un peu de courage en le regardant dans les yeux. Je lui avais demandé s’il voulait couper le cordon ombilical et même s’il voulait aller chercher le bébé lors de la dernière poussée… finalement, le virus est arrivé. Il a changé les plans. À lui seul il a tout amené… mes attentes, mes espoirs et tout ce qui vient avec l’image que je m’étais faite d’un accouchement. Déjà, j’accouchais dans un autre pays; c’était pour moi un défi, mais ça, j’avais eu le temps de me faire à l’idée.

Ce jour-là, au lieu que mon chum conduise en fou vers l’hôpital comme dans les films, il m’a déposé à l’entrée avec ma petite valise. Il a enlevé son masque, m’a embrassé et je lui ai dit « je t’appelle quand tu seras papa ». Une infirmière est venue me chercher et elle m’a conduit dans une chambre d’accouchement.

J’ai attendu seule dans ma robe bleue d’hôpital que ce soit mon tour.

Après deux heures trente, c’est là que tu es arrivée. Tu m’as expliqué que tu allais être celle qui me donnerait une épidurale. Tu m’as dit que le personnel médical ne parlait ni français ni anglais. Mais tu m’as dit que tu allais rester avec moi. Que tu allais m’expliquer tout ce qui allait se passer; étape par étape. Je me suis alors couchée sur le lit d’hôpital et une infirmière et toi m’avez amené au bloc opératoire.

Je ne t’ai pas lâché du regard une seconde. Je ne crois pas avoir développé un lien aussi fort avec une personne aussi rapidement qu’avec toi. Tu t’es assises à ma droite; j’ai pris ta main. Derrière ton masque, je sais que tu souriais. Tu me parlais tout le temps, je m’accrochais à chacun de tes mots. Je cherchais le calme dans tes yeux. Quand les médecins sont arrivés, je n’ai même pas tourné la tête; dans cette salle, il n’y avait que toi et moi. C’était surréaliste tout ça.

Quand mon premier bébé est arrivé, tu m’as dit de tourner la tête; que ma fille était belle. J’ai regardé vers la gauche. Elle était là. J’ai souri, mais j’ai rapidement retourné ma tête vers toi. Un autre arrivait, j’avais besoin de toi encore un peu.

Je ne connais pas ton nom. Je ne crois pas que nous allons nous revoir. En fait, après la naissance de mes jumeaux, je ne t’ai jamais revu. Tu ne sais probablement pas que tu as fait toute la différence. Mon histoire d’accouchement aurait pu être un cauchemar, un souvenir douloureux. Grâce à toi, je garde un beau souvenir de la naissance de mes bébés. Sans être ce que j’avais souhaité, tu me permets de sourire un peu lorsque je pense à cette journée. Tu ne sauras possiblement jamais l’importance que tu as eue ce jour-là. Tu ne liras jamais ces lignes. Mais je tenais à les écrire pour tous ces infirmières et ces infirmiers qui à eux seuls peuvent réécrire une partie d’une histoire qui ne se déroule pas comme prévue. Qui deviennent des personnages principaux dans notre roman de vie sans vraiment le savoir.

Merci d’avoir été rassurante. D’avoir pris le temps.

Merci d’avoir permis que cette journée soit douce.

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Devenir parent sous une loupe

Par Élisabeth Chevrier

La maternité, c’est différent pour chaque maman. Pour moi, elle a commencé le jour où mon chum et moi, on a décidé d’avoir un bébé. Parce que pour nous ça n’allait pas être simple. On allait avoir besoin d’aide…Le processus allait être long, ardu et il allait gruger toute notre énergie. J’ai choisi d’être maman le jour où je me suis piqué avec une aiguille la première fois. Le jour où j’ai passé par-dessus ma peur des aiguilles pour te prendre dans mes bras.

Je suis devenue maman chaque jour après ça… Et ça, ça fait 3 ans.

Il en a pour qui c’est plus simple. Il y en a qui deviennent maman sans le prévoir. Pour moi, ça été différent. J’ai su chaque fois la date exacte de la conception… et j’ai su chaque fois que ça n’avait pas fonctionné. J’ai su chaque fois le moment précis de mon ovulation, du nombre de spermatozoïdes qui allaient se loger en moi… je me suis couchée sur le lit d’hôpital chaque fois en espérant que tu t’accroches cette fois. J’ai été déçue, choquée et j’ai même perdu espoir à un moment donné.

Et puis il y a eu cette fois. Cette fois où mon chum a été là pendant tout le processus. Où il a vécu avec moi toutes les étapes, les rendez-vous, les piqûres. Et va savoir pourquoi, c’est cette même fois où le petit + est apparu sur le bâton.

Tu étais enfin là. Après tout ce temps, tu avais décidé de faire de nous des parents. Le médecin nous l’a dit : « Vous allez être parents! ». Rien de romantique, allongée en jaquette d’hôpital avec un gros écran au-dessus de nos têtes, mais, on allait enfin avoir notre petite famille!

Mais tu as décidé que tu n’allais pas être seul. Tu as amené avec toi un ami. Un ami avec qui tu allais partager l’espace dans la bedaine de ta maman. Après tout ce temps, et ces efforts, tu allais faire de nous des parents de jumeaux.

Finalement, notre histoire avait une nouvelle version. Elle était parfaite. Parce qu’après votre arrivée, tout ça n’a plus d’importance. Tout ce processus, qu’il soit typique ou atypique, est seulement une petite partie de tout ce qui allait se passer par la suite. Ce sont seulement quelques mots d’un roman tout entier.

Nous avons toutes une histoire différente. Cette histoire nous appartient. Elle peut être belle ou douloureuse, mais elle reste celle qui nous a permis de vous prendre dans nos bras, vous, nos amours. Cette histoire imparfaite nous mène finalement au plus grand bonheur : celui d’être une maman…celui d’être une famille.

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Pis YOLO avec ça

Par Katrine Delorme

Avoir une boule dans l’estomac. Ne pas savoir quoi en faire. Avoir peur de passer à côté. À côté de tout et de rien tout à la fois. De tout parce que les voyages ne sont pas possibles chaque année, parce que, parfois, l’heure du coucher est avant celle du soleil, parce que la solitude est, elle aussi, parfois plus charmante que les fêtes estivales. De rien, parce qu’en même temps de rêver à cette vie idéale, à cette vie que nous sommes supposées vivre, à 100 km à l’heure, dans le tapis, parce qu’on en a juste une, pis YOLO avec ça, et bien on a tout ce qu’il faut. Ses grands yeux marrons à elle, ses bras à lui, le support d’amis et l’amour inconditionnel d’une famille élargie toujours présente, ce sont ça les bases de la vraie vie. Ce n’est pas accessible pour tous, pour des raisons plus grises que roses, parce qu’il y a des amours et des familles moins belles et que ce n’est pas toujours facile d’en guérir. La beauté, elle, demeure tout de même, toujours accessible à travers les petites et plus grandes choses qui nous entourent, si nous décidons de les voir et de les entretenir.

La maladie, la mort, l’abus, bref la vie, met parfois sur notre chemin des évènements pas beaux du tout, pas doux du tout, qu’il faut traverser de peine et de misère ou, encore pire, que les autres doivent traverser sans nous parce que nous y sommes plus. L’écrire fait mal, l’imaginer donne envie de pleurer, de se mettre en boule, de prendre une grande respiration et de virer tout à l’envers dans son quotidien pour enfin prendre le temps de vivre. Au cas où on mourrait demain. Parce que ça se peut. Ailleurs. Pas chez nous. Enfin, on l’espère. On l’espère fort, parce qu’on ne voudrait pas passer à côté. À côté de tout. À côté de rien.

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